LES FAMILLES POURBAIX ET L'HERALDIQUE

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L'héraldique est la science du blason. Une science qui a date. Nous n'y venons pas, nous n'entrons pas dans un cours sur l'histoire du blason ancien et moderne car ce n'est pas notre propos. Ce qui nous intéresse, c'est l'histoire du ou des blasons utilisés peu ou prou par les familles Pourbaix et alliances, au cours de leurs histoires. Nous considérons qu'il y a plusieurs histoires puisqu'il faut distinguer plusieurs segments dans la grande famille Pourbaix.

Porter blason et armoiries a un sens, de nos jours, un peu désuet. On ne porte plus blason, dit-on. Sauf quelques familles anciennes, issues souvent de la haute bourgeoisie ou du nobiliaire, qui ont tendance à considérer armes, blasonnement et écus comme patrimoine familial. Et c'est vrai. Car un blason se transmet selon le droit d'une façon précise et se transmet au même titre qu'une propriété immeuble selon les prescrits imposés lors de l'octroi du droit de porter les dites armoiries et toute leur symbolique annexe. Quiconque peut porter blason, manant ou noble. C'est le droit reconnu en royaume de Belgique et dans bon nombre de pays de par le monde. Quiconque peut se créer des armes et un blason, riche ou pauvre. Mais il faut respecter certaines conditions. La plus importante est celle-ci: vous ne pouvez porter ou créer des armes dont la représentation et la symbolique appartiennent déjà à une autre famille.

Quelques maniaques ou passionnés, quelques passéistes, quelques toqués ou imbus créent encore et portent, affichent leur écu ou blason. Si les règles sont respectées, pourquoi pas? Je vous engage à faire la même chose. J'ai créé pour la famille Goens un écu symbolisant le parcours et une partie de l'histoire de cette famille telle qu'elle a vécu en Hainaut après la guerre.

C'est l'industrie qui, aujourd'hui, crée le plus de blasons et d'écu. Elle ne respecte malheureusement pas toujours les règles strictes de l'héraldique, mais c'est une nouvelle tendance. Les graphistes ont fini pas sortir de l'écu lui-même: c'est le logo. Il n'est plus prisonnier de la géométrie de l'écu primitif qui était sensé représenter le bouclier du soldat ou du chevalier. Certains s'y attardent encore. Qui ne connaît le petit cheval cabré de monsieur Ferraris ou le caducée d'Alpha-Roméo. Plus symbolique, l'étoile à trois branches de monsieur Benz qui épousa la belle Mercédès.

Bref, restons un peu sérieux et concentrons-nous à présent sur les écus des familles au sens d'armoiries, de représentation d'armes qui symbolisent une famille et son histoire et pas une marque de fabrique ou une institution.

Notre propos ne s'arrêtera pas à la présentation des écus ou armes Pourbaix. Nous avons voulu étendre notre discours aux familles alliées, directement via des dames Pourbaix ou aux familles alliées descendantes d'une famille Pourbaix par voie cognatique.

Un certain nombre de familles Pourbaix ou alliances ont été anoblies par un souverain régnant à des époques diverses dans des pays dont les régimes ont changé depuis. Que penser des titres nobles portés par certains dans des pays où ne règnent nuls souverains? Il ne nous appartient pas d'en décider. Telle est notre position. Ce qui nous importe, en l'occurrence, n'est pas le titre, mais les armes transmises par les familles. Et bien sur, il est clair que les familles qui font partie de la noblesse d'un royaume et les familles qui ont été reconnues nobles à une époque donnée, ont créé des armes qui se transmettent encore aujourd'hui. Mais peu importe. Ce qui compte est évidemment ce droit au port, indépendamment de toute prétention nobiliaire.

1- L'ECU PRIMITIF

L'écu primitif, que l'on peut déjà considérer comme une arme, est celle d'Anthoine de Pourbaix. Elle est connue encore aujourd'hui de deux manières. La première est celle de son sceau, la seconde est évoquée par un chercheur.

Le sceau d'Anthoine de Pourbaix est décrit avec précision dans l'ouvrage 'Répertoire d'Armoiries sur sceaux des hommes de fief du comté de Hainaut (XIIIe - XVIIIe siècles)' de Gabriel Wymans, chef de section, en son temps, aux Archives de l'Etat (Belgique), éditions Archives générales du Royaume, Bruxelles 1980. La référence est en page 125, article 1171:

Pourbais (Antoine de) 1564-1571, AEM, chartrier de Saint Feuillien 482, 493, 501. Support: lion.

Cette description est partiellement inexacte car nous lisons nous-même 'Anthoine' et d'autre part, nous savons que le nom est Pourbaix, avec une finale en X comme on peut par ailleurs le lire dans les actes eux-mêmes.

Cette description sommaire signifie que l'on connaît encore trois chartes où est apposé le sceau d'Antoine de Pourbais: elles sont déposées aux Archives de l'Etat à Mons, l'écu étant supporté par un lion. Nous avons évidemment eu le plaisir d'examiner ces chartes et de toucher ces sceaux en cire verte terriblement mal en point, sauf un, relativement bien conservé et lisible. Il est représenté ci-après. (photo AGR). Le dessin de l'ouvrage précité est dû au talent de Simone de Vroey.

Dans la nomenclature du dépôt, le sceau est décrit de la manière suivante et de manière beaucoup plus précise:

" Sceau ébréché, rond, diamètre 30, légende entre deux filets S ANTHOINE.DE.POURBAIX. Champ: un écu au chevron accompagné de trois étoiles à 5 rais, supporté par un lion (regestre 591, charte du 17 novembre 1564, A.E. Mons, abbaye de St Feuillien - Le Roeulx.)".

Le blasonnement d'un tel écu se fait de la manière suivante, d'autant plus aisée qu'il ne connaît pas les émaux (les couleurs).:

L'écu chargé d'un chevron accompagné de trois étoiles à cinq rais, posées deux et un.

Dans l'ouvrage précité, on ne spécifie pas au moyen d'un dessin quels sont les accessoires qui entourent l'écu en question. Heureusement, la description parle d'un support qui serait un lion.

Pourquoi les hommes de fief du comte de Hainaut créaient-ils des armes? Tout simplement par tradition car à l'origine, ces hommes de fiefs n'étaient pas tenus de savoir écrire, donc de signer. Ils témoignaient de leurs actes en apposant leur sceau et cela était bien suffisant pour légitimer les actes auxquels ils avaient été témoins, qui relevaient de leur pouvoir: les testaments, les prêts et avis de père et de mère qui n'engageaient que les biens meubles, etc. Les pouvoirs de ces hommes de fief n'étaient pas aussi étendus que ceux d'un notaire. Pendant l'ancien régime, l'institution du notariat n'a pas existé dans notre comté de Hainaut, sauf quelques dizaines d'années au raccord entre le 18e et le 19e siècle. Les actes ne relevant pas des hommes de fiefs étaient enregistrés par l'échevinat local ou la Cour féodale locale. Ce n'est pas réellement notre sujet.

La photographie du meilleur des sceaux de sire Anthoine de Pourbaix est plus représentative de la symbolique choisie. Elle fait sortir l'écu d'une banalité horripilante, vingt-deux hommes de fiefs recensés pendant cette période portant strictement le même écu.

Or, à bien regarder cette photographie, nous avons beaucoup de peine à distinguer dans le support un lion traditionnel, si l'on fait abstraction de la queue trifide, attribut assez classique. On m'aurait dit que la représentation est plutôt celle d'un petit dinosaure, que je l'aurais cru plus volontiers. Enfin, croyons-en les spécialistes, il s'agirait d'un lion. C'est la raison pour laquelle, depuis très longtemps, j'ai tenté de représenter moi-même à la plume ces armes de la manière suivante: sans être particulièrement convaincu.

Si ce n'est un lion héraldique, à quel animal ferait référence ce support? Vous aurez deviné comme moi. Eh oui, je pense à cet autre animal fabuleux qui est le singe du Grand Garde de l'hôtel de Ville de Mons. Regardez bien, par rapport au sceau.

En quel honneur notre aïeul Anthoine de Pourbaix aurait-il créé un scel représentant le petit singe de l'Hotel de Ville de Mons? En référence évidemment à Grégore de Pourbaix, probablement son aïeul, qui fut sinon l'architecte de ce bâtiment, du moins le responsable et le chef des travaux, en sa qualité de 'machon' attaché à la Ville de Mons à l'époque de la construction du célèbre Hôtel de Ville.

Grégore ou Grégoire de Pourbaix étant, avec son frère Wathier, la plus ancienne citation historique d'une famille Pourbaix du comté d Hainaut.

Simple supposition. Simple Hypothèse. Avis aux amateurs, pour le temps où je serai devenu mort. Comme on dit dans le patois de chez nous.

L'architecte Paul Saintenoy, rattaché à la famille Pourbaix, en parlait dans son manuscrit dactylographié. Cliquez ici si la page relative à Grégore de Pourbaix vous intéresse (download important)

En parlait également l'avocat Henri Pourbaix lorsqu'il écrivait en 1959 à un membre de la famille de Mons: cliquez ici si cette lettre vous intéresse (download important)

Qui est

Le singe du Grand Garde ?

 

La représentation de l'écu primitif d'un des plus anciens représentants de la famille Pourbaix étant assez commune et en noir et blanc, il était immanquable que l'on tente de la représenter en couleur. Pour ce faire, déjà les 'anciens' n'ont pas cherché midi à quatorze heures: la pièce honorable était d'argent (émail blanc), le champ était d'azur (couleur bleue) et les pièces étaient également de la couleur de la pièce: l'argent ou de l'autre métal précieux, l'or (le jaune). La représentation en couleur serait dès lors la suivante:

Le blasonnement est: "d'azur au chevron d'argent accompagné de deux étoiles d'or à cinq rais et la troisième en pointe"

Pour l'étoile à cinq rais, on dit également 'pentacle'. L'or ou l'argent, ce n'est pas nous qui avons décidé. Ce sont les familles de Bruxelles et les polonais qui l'on fait, à la fin du dix-neuvième siècle ou ultérieurement.

Mais nous verrons plus loin ce qu'il en est exactement.

Vers les années 1990, à l'époque où je cherchais des contacts en vue de recueillir un maximum de documentation pour majorer mon ouvrage sur les Pourbaix, on m'a fait parvenir la représentation qui suit. J'ignore encore à l'heure actuelle qui a fait ce dessin ni de quelle référence on s'est servi. Il est clair qu'il s'agissait d'un initié, compétent en matière d'histoire et d'héraldique.

On n'est pas tombé dans le travers qui aurait constitué à tenter de représenter des émaux. Le heaume (casque) et les lambrequins représentés ne sont pas des attributs de noblesse, encore que le casque taré un quart de face est plutôt rare pour un manant. Mais le plus important est sans doute que l'on a pas omis le cimier qui reprend le support du sceau d'origine (un lion rampant qui est devenu un lion issant, n'étant représenté qu'à mi-corps). La queue n'est pas trifide. Plus intrigant, le tore. Il n'est peut-être qu'un artifice pour faire le raccord entre le heaume et le cimier, mais il est normalement l'attribut d'un baron. Pas de devise ni cri de guerre mais une double date qui se veut sans doute un rappel d'une activité ou d'une charge, dans la banderolle:1564 -1571 doit être la tranche de temps pendant lequel Anthoine de Pourbaix fut homme de fief au comté de Hainaut. Il n'est pas cité dans l'ouvrage célèbre de A. Wéry (Les hommes de fiefs sur plume) car la nomenclature des hommes de fiefs n'a été reconstituée que depuis 1566. Or, Anthoine exerçait déjà son activité avant cette date puisque nous connaissons au moins un acte enregistré au Roeulx du 14 septembre 1565 où il agit en qualité d'homme de fief (un bail sur parchemin conservé par une famille Pourbaix). Les sceaux de ce parchemin sont perdus, malheureusement.

Ajoutons en dernier lieu que la charge d'homme de fief sur plume n'était pas héréditaire et que nous n'avons aucune preuve que la représentation des armes se soit transmise.

L'architecte célèbre Paul Saintenoy, académicien (1862-1952) - il était fils de Louise Ponselet, fille de Victor et de Pourbaix Aurore Maximilienne, de la souche d'Auger (2535635) - avait dressé une bonne généalogie des Pourbaix qui le faisait remonter quasi jusque Auger. Dans son manuscrit dont je possède une duplication, il prétend que la représentation des armes (de) Pourbaix se trouvaient encore au plafond de la Salle des Saquiaux à l'Hôtel de Ville de Mons avant que celui-ci ne soit repeint. Il ne donne pas la date. Ce sont des gens comme lui, cultivés et curieux, qui ont remis à l'honneur, grâce à leurs contacts familiaux, à la fin du siècle dernier, les armes des Pourbaix.

Vous pouvez ci-après un extrait de son manuscrit dactylographique en cliquant.

Seconde partie: l'héraldique moderne des familles Pourbaix

 

 

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